Contexte de création d’ORBICOM
À la fin de l’année 1991, la 26e session de la Conférence générale de l’UNESCO se tient à Paris. Deux ans après la chute du Mur de Berlin, le contexte international a profondément changé. Cette transformation géopolitique influence directement les orientations de l’UNESCO dans le domaine de la communication.
Sous l’impulsion de Federico Mayor, alors Directeur général de l’UNESCO, les États membres ont adopté lors de la session précédente une Nouvelle stratégie de la communication. Celle-ci met en avant la liberté d’expression et marque une évolution importante par rapport au Nouvel ordre mondial de l’information et de la communication, le NOMIC. Ce concept, très débattu dans les années 1980, visait à promouvoir une information plus juste et mieux équilibrée entre le Nord et le Sud. Désormais, il n’est plus à l’ordre du jour de l’UNESCO.
Lors de cette même 26e session, les États membres saluent le succès du Séminaire pour le développement d’une presse indépendante et pluraliste en Afrique, organisé en mai 1991 à Windhoek, en Namibie. Ce séminaire avait été préparé et mené conjointement par Alain Modoux, alors directeur de l’Office de l’information du public de l’UNESCO, et Thérèse Paquet-Sévigny, alors Secrétaire générale adjointe de l’Organisation des Nations Unies pour l’information.
À la suite de ce séminaire, les États membres invitent le Directeur général de l’UNESCO à poursuivre dans d’autres régions du monde les efforts engagés en Afrique. Ils souhaitent également célébrer l’anniversaire de la Déclaration de Windhoek, adoptée le 3 mai 1991, et transmettre à l’Assemblée générale des Nations Unies la proposition de faire du 3 mai la Journée mondiale de la liberté de la presse.
La 26e session marque aussi le lancement du programme UNITWIN/Chaires UNESCO. Présenté comme un « réseau des réseaux », ce programme vise à renforcer la coopération interuniversitaire internationale et le transfert de connaissances.
C’est dans ce contexte qu’émerge ORBICOM. Sa création répond à trois impératifs : institutionnel, stratégique et personnel.
Le premier impératif est institutionnel. Il s’agit de donner suite à la décision de la Conférence générale de l’UNESCO de créer des réseaux de Chaires UNESCO dans ses différents domaines d’action, dont la communication.
Le deuxième impératif est stratégique. Dans les années 1980, l’UNESCO entretenait des relations étroites avec l’International Association for Media and Communication Research, l’IAMCR. Cette association avait été un partenaire important de l’Organisation, notamment dans la promotion et la défense du NOMIC. Suite à l’adoption de la Nouvelle stratégie de la communication qui a entraîné de facto la mise à l’écart du NOMIC et dans la perspective du lancement du réseau UNITWIN, l’UNESCO souhaite renouveler et élargir sa coopération avec le monde académique et la recherche en communication.
Le troisième impératif est personnel. Federico Mayor tient à exprimer sa reconnaissance à Thérèse Paquet-Sévigny pour le rôle décisif qu’elle a joué dans l’organisation du Séminaire de Windhoek, notamment dans la recherche de partenaires financiers au sein du système des Nations Unies et auprès de grandes fondations privées nord-américaines.
C’est dans ce contexte institutionnel, stratégique et humain qu’émerge progressivement ORBICOM. Le réseau est pensé comme un espace international de coopération réunissant les Chaires UNESCO en communication, le monde académique, les institutions et les professionnels du secteur. Il sera officiellement inauguré en mai 1994.
Fondateurs et premiers acteurs du réseau
La création concrète d’ORBICOM prend forme au printemps 1993. À cette période, Alain Modoux est en contact avec Thérèse Paquet-Sévigny, alors professeure au Département de communication de l’Université du Québec à Montréal, pour discuter de la mise en œuvre de la décision du Directeur général de l’UNESCO de confier à cette dernière une Chaire UNESCO en communication à Montréal.
Thérèse Paquet-Sévigny propose alors d’aller plus loin que la seule création d’une chaire. Elle suggère de mettre en place un réseau international de Chaires UNESCO en communication, avec un secrétariat établi à Montréal, au Canada. Sa proposition est en droite ligne avec la décision de l’UNESCO de créer le « réseau des réseaux »UNITWIN.
En 1994, Federico Mayor, en accord avec la Commission canadienne pour l’UNESCO et Claude Corbo, recteur de l’UQAM, confie formellement à Thérèse Paquet-Sévigny la Chaire UNESCO en communication pour l’ensemble du Canada.
Thérèse Paquet-Sévigny accepte cette responsabilité, mais souhaite lui donner une portée encore plus large. Elle ne veut pas limiter la chaire au seul monde académique. Forte de son expérience à Radio-Canada, où elle avait occupé le poste de vice-présidente à l’information dans les années 1980, elle propose de l’inscrire dans un réseau international ouvert non seulement aux enseignants et aux chercheurs, mais aussi aux professionnels de la communication au service des entreprises et des administrations, ainsi qu’aux conseillers indépendants.
Elle convainc aussi Claude Corbo d’accueillir le secrétariat du futur réseau à l’UQAM, de lui permettre de consacrer une partie de son temps à sa gestion, et de lui fournir le soutien logistique et financier nécessaire.
Alain Modoux et Thérèse Paquet-Sévigny travaillent ensuite ensemble à la création du réseau international ORBICOM, officiellement inauguré en mai 1994.
Dès ses débuts, ORBICOM réunit les titulaires de Chaires UNESCO en communication, qui deviennent les membres actifs du réseau. Il accueille également plusieurs dizaines de « membres associés » issus du monde universitaire, de l’industrie, du commerce et de l’administration publique.
L’UQAM, colonne vertébrale d’ORBICOM
Avec le soutien de l’UQAM, ORBICOM se développe rapidement au sein du programme UNITWIN de l’UNESCO.
En juin 1994, Federico Mayor, Directeur général de l’UNESCO, et Claude Corbo, recteur de l’UQAM, signent le protocole de fondation d’ORBICOM. Cette signature se fait avec le total soutien d’ Henrikas Yushiavitshus, alors Sous-directeur général pour la communication, l’information et l’informatique à l’UNESCO.
Au même moment, la Chaire UNESCO-Bell en communication est inaugurée avec l’appui de Monic Houde, alors vice-présidente des communications à Bell Canada. Céline St-Pierre, vice-rectrice à la recherche et aux affaires académiques de l’UQAM, apporte également un soutien déterminant à la mise en place d’ORBICOM et de la chaire canadienne.
Plus tard en 1994, des titulaires de Chaires UNESCO en communication se réunissent à Montréal. Ils viennent notamment de l’Uruguay, de la Russie, de la Lituanie, de la Bulgarie, de la Hongrie, de l’Espagne, de la Colombie et du Canada. Ensemble, ils rédigent les mandats spécifiques du réseau, précisent ses objectifs et élaborent un plan d’action.
Gilbert Dionne, alors vice-recteur à l’information et aux technologies à l’UQAM, contribue à la création d’une plateforme virtuelle. Celle-ci permet de rassembler les chaires existantes et futures, d’organiser des assemblées générales en ligne, de diffuser les bulletins d’information, les rapports et les articles, et de faciliter les échanges bilatéraux et multilatéraux.
Sylvie Coudray, correspondante au siège à Paris des chaires UNESCO en communication, soutient elle aussi le développement d’ORBICOM de manière constante. Deux firmes montréalaises, Raymond Lavoie & Associés et Michel Dumas et Associés, conçoivent le nom ORBICOM ainsi que le logo du réseau.
En 1999, après avoir occupé plusieurs fonctions auprès de Thérèse Paquet-Sévigny pendant plus de trois ans, le professeur Claude-Yves Charron, de l’UQAM, est nommé secrétaire général d’ORBICOM. La même année, le professeur Jean-Paul Lafrance, également de l’UQAM, devient titulaire de la Chaire UNESCO-Bell en communication. En 2006, la professeure Magda Fusaro lui succède à la tête de cette chaire.
Après avoir exercé à la fois les fonctions de secrétaire générale d’ORBICOM et de titulaire de la chaire canadienne, Thérèse Paquet-Sévigny se retire de l’UQAM. En 2011, le professeur Yves Théorêt, également de l’UQAM, est nommé secrétaire général du réseau ORBICOM.
